Le Q12 de Gallup, célèbre questionnaire mesurant « l’engagement » des salariés, s’est imposé dans les entreprises du monde entier comme un baromètre du bien-être au travail. Derrière son apparente neutralité psychologique, il exprime en réalité une conception profondément anglo-américaine du travail : celle d’un individu autonome, motivé par la reconnaissance et aligné sur la mission de son organisation. Ce modèle, qui prolonge à la fois la théorie économique de David Ricardo et l’éthique protestante analysée par Max Weber, définit le travail comme un lieu d’accomplissement de soi et de performance morale.Mais cette vision se heurte à une autre manière...
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Espace de réflexion pour leaders innovants : Rejoignez-nous pour des échanges enrichissants et pragmatiques sur le leadership, l’innovation, et la responsabilité sociale en entreprise, tout en développant des compétences clés pour la gestion du changement et la création d’écosystèmes durables.
Notre mission : Cultiver la réflexion, la sagesse et la responsabilité chez les futurs dirigeants, en les dotant de compétences pratiques pour l’innovation, la gestion efficace du changement, et le leadership responsable, tout en favorisant la durabilité, la résilience et la création d’écosystèmes d’entreprises.
Entreprendre vient-il de soi ou de son dæmon ?
Créer, est-ce décider ou répondre ? Notre désir de créer une entreprise est-il vraiment le nôtre ? Dans la tradition, probablement héritée de Milton Friedman, la création d’entreprise demande un business plan, une étude de marché, une rationalité économique. Cela revient à faire de l’entrepreneur une sorte de zombie mesquin n’ayant que le profit pour appétit. Pourtant l’entrepreneur est humain, il a une âme. Notre paradigme de l’âme considère alors qu’elle n’est pas moniste ou dualiste mais faite de 5 fonctions : l’anima, l’animus, le nexus, le rector, et le dæmon (voir https://psychagogie.fr pour plus de détails). Ce dæmon correspond à...
Entreprenariat : est-ce être libre ?
Aristote opposait l’homme libre (eleútheros) à l’esclave (doulos), et considérait que le salariat, tel qu’il existait déjà sous forme de travail rémunéré, relevait d’une dépendance comparable à l’esclavage. Plus tard, Marx a opposé le bourgeois, détenteur des moyens de production, au prolétaire, contraint de vendre sa force de travail, en plaçant entre les deux la figure intermédiaire du petit-bourgeois — artisan ou commerçant indépendant. Enfin, plus près de nous, Pierre Bourdieu a mis en évidence le rôle des capitaux immatériels et des « cercles de savoir » dans la reconnaissance sociale. Ces trois étapes de pensée nous invitent à poser...
Fusac : comment gérer un choc culturel ?
L’idée que l’on se fait de ce qu’est la culture, selon qu’on soit anthropologue ou docte en sciences de gestion, n’est pas la même. Reflet de traditions immémoriales pour l’un, outil de pilotage de l’activité pour l’autre, en particulier de la maximisation des performances. Or je crois que la culture, au-delà de représentations partagées (croyances ou valeurs ou idées), sert surtout de repère pour savoir selon quels axes la communauté investit son attention et ses efforts. Quelque part elle rassure pour savoir qu’il y a une direction que l’on suit, ce qui est important et ce qui ne l’est pas....
Quatre modes de relations interpersonnelles
Dans les organisations traditionnelles, les relations interpersonnelles s’inscrivent dans un régime d’asymétrie amicale. Le lien hiérarchique, tout en étant inégalitaire, repose sur une reconnaissance mutuelle de rôles : le supérieur attend loyauté et efficacité ; le subordonné, protection, accompagnement, et reconnaissance. Cette structure, décrite notamment par Michel Crozier dans son analyse du « système bureaucratique » (Le phénomène bureaucratique, 1963), a longtemps constitué le socle implicite des relations en entreprise. Cependant, depuis une vingtaine d’années, un changement profond s’amorce. L’aspiration contemporaine à l’horizontalité, largement relayée par les discours managériaux et les cabinets de conseil, vise à promouvoir des relations plus symétriques, fondées...
Société ou secte ? Comment évaluer votre employeur
I. Constats préalables : le brouillage contemporain du lien social A. Corruption du langage Le langage contemporain, sous l’effet des discours managériaux ou politiques, tend à perdre sa puissance de discernement. Le vocabulaire employé dans les entreprises, mais aussi dans les institutions publiques, se remplit de termes-valises : « valeurs », « projets », « visions », « performance », « culture », « management ». Ces mots, présentés comme neutres ou positifs, masquent souvent des rapports de pouvoir, de contrôle, d’exploitation. Ils deviennent des signaux d’appartenance plus que des instruments de pensée. B. Colonisation du lien social par des pratiques gestionnaires La rationalité gestionnaire, née dans le monde industriel, a progressivement...





